19 avril: date anniversaire d’un fait de résistance extraordinaire, l’attaque du XXe convoi

Le 19 avril 1943, il y a 83 ans jour pour jour, le XXème convoi de déportation des juifs de Belgique vers Auschwitz est attaqué dans la nuit par 3 résistants :

Youra Livschitz

Robert Maistriau

& Jean Franklemon

Ensemble, ils libéreront de leur wagon 17 personnes promises à la mort. De toute la 2ème Guerre mondiale, c’est l’unique épisode de ce type recensé à travers toute l’Europe !

Alors que le front de l’indépendance et le CDJ estiment le projet d’attaquer un des convois de déportation partant de Malines trop risqué, Youra Livschitz, isssu d’une famille juive d’origine bessarabienne installée en Belgique depuis 1927, décide de s’en emparer et convainc 2 de ses amis (non-juifs), Jean Franklemon et Robert Maistriau, de monter l’opération avec lui.

Les 3 hommes ont réussi à rassembler…1 seul pistolet, fourni par Richard Altenhoff, pour mener leur assaut du convoi escorté par la police allemande en tête et en queue de train.

Le XXème convoi transporte 1636 déportés, pour la 1ère fois dans des wagons à bestieaux, dont plus de 250 enfants. Le plus jeune, Suzanne Kaminski, est âgée de 39 jours. Le plus âgé, Jacob Blom, a plus de 90 ans.

Le 19 avril 1943 au soir, les 3 résistants partent à vélo depuis la place Meiser à Schaerbeek. Placés entre les gares de Boortmeerbeek et de Haecht, ils contraignent le train à s’arrêter à l’aide d’une lampe-tempête enveloppée d’un papier rouge (signal de danger sur la voie).

Vite sous le feu de la police allemande, ils arrivent néanmoins à ouvrir un wagon à l’aide de tenailles et libèrent 17 personnes s’évadent. 

Fait également exceptionnel, plus loin sur le trajet, plus de 200 autres déportés se sont aussi échappés en sautant du train en marche grâce à des outils volés à la caserne Dossin et emportés clandestinement à bord du train.

Au total, ils sont 232 à s’être enfuis du XXème convoi : 26 perdent la vie lors de leur évasion, souvent par les balles de l’escorte allemande, 87 sont repris, mais 119 recouvrent définitivement la liberté.

Franklemon et Maistriau seront arrêtés mais survivront à la guerre.

Youra est arrêté une 1ère fois par la Gestapo un mois après l’attaque, mais parvient à s’échapper. Il sera arrêté une 2ème fois sur dénonciation alors qu’il cherchait à fuir le pays en compagnie de son frère Alexandre (« Choura »), également résistant (partisans armés- FI).

Youra Livschitz est fusillé autour du 17 février 1944 à 26 ans, une semaine après son frère, laissant sa mère sans plus aucune descendance.

Sa dernière lettre est adressée à sa mère :

« Chère maman, bien que les mots soient impuissants à exprimer tout ce que je ressens, je quitte cette cellule pour aller de l’autre côté de la vie avec calme — un calme qui est aussi une résignation devant l’inévitable. Te dire que je regrette tout ce qui s’est passé, cela ne servirait à rien. J’ai beaucoup plus de regret de ne pas être là pour t’aider à supporter la première épreuve — celle que tu as déjà subie : Choura (NB: son frère aîné). J’aurais voulu être là pour qu’à deux nous puissions travailler dans le monde qui se fait.

Chère maman, ne pleure pas trop en pensant à ton petit. Ma vie a été bien remplie jusqu’à présent, remplie de tout et surtout d’erreurs. Je pense à tous nos amis qui sont en prison et je leur demande pardon. Souvenez-vous de moi sans douleur.

J’ai eu de bons, d’excellents camarades jusqu’à la fin et encore maintenant je ne me sens pas seul. Mes souvenirs à tous. Chère maman, je dois te dire au revoir, le temps passe. Encore une fois, ce ne sont pas les derniers moments qui auront été les plus durs. 

Aie confiance et courage dans la vie, le temps efface bien des choses. Pense que nous sommes morts au front, pense à toutes les familles, à toutes les mères éprouvées par la guerre, guerre que nous avons tous cru voir finir plus tôt. 

Ton fils qui t’aime, Youra. »

Peu de gens se souviennent de ce pur acte d’héroïsme ainsi que du nom de ses trois auteurs.

Aucun fils ou fille, aucun neveu, aucun petit-enfant ne porte le patronyme de Youra Livschitz, assassiné – de même que son frère – avant d’avoir eu le temps de fonder une famille.

En 2023, à l’initiative d’un groupe de citoyens, les communes de Bruxelles-ville et d’Uccle ont marqué l’espace public de leur souvenir. Une plaque commémorative est apposée place Vanderkindere au dernier domicile de Youra et de son frère. 

Dans le Bois de la Cambre, trois allées ont été renommées en l’honneur des trois auteurs de l’attaque, accompagné également d’une plaque commémorative. Cette dernière a été taguée à plusieurs reprises du sigle nazi…

NB: Le 19 avril 1943 est également le 1er jour de la révolte du ghetto de Varsovie, autre fait de résistance exceptionnel. Les insurgés tiendront près d’un mois avant que le ghetto ne soit écrasé.