Suite à la publication de l’“Appel à la lutte contre l’antisémitisme: à quand le sursaut?” dans Le Soir et Knack (lien en bio), nous avons recueilli une série de réactions sur les réseaux sociaux. Ces commentaires illustrent par l’absurde une grande partie des constats que le texte de l’appel dressait, en particulier celui du déni. Nous avons collecté un échantillon de 70 commentaires et identifié les principaux mécanismes à l’œuvre. Tous les commentaires ont été anonymisés.
Premier mécanisme: l’essentialisation.
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omme tous les racismes, l’antisémitisme recourt à l’essentialisation du groupe cible, c’est-à-dire l’effacement des différences pour créer un ensemble homogène. C’est par ce processus d’essentialisation propre au racisme que l’armée israélienne devient “l’armée du ‘peuple élu’”. Notons au passage le trope antisémite de l’usage de cette expression, qui sous-entend que les Juifs se pensent meilleurs que les autres, dévoyant complètement le sens que ce concept a dans la théologie juive.
La référence du “vous” est ici claire: ce sont bien les Juifs (= les victimes du génocide nazi) qui sont collectivement coupables de génocide:

C’est l’essentialisation qui rend possible l’amalgame entre “les Juifs” et les actions du gouvernement israélien. Puisqu’il s’agit d’un groupe compact, il y a une continuité naturelle entre les Juifs d’ici et ceux de là-bas:

Ce commentaire dénonce l’amalgame tout en prétendant l’expliquer. Derrière cet argument fallacieux se trouve la croyance que l’antisémitisme répond à des causes logiques, à savoir les crimes du gouvernement israélien, déplaçant la responsabilité d’actes antisémites de leurs auteurs vers Israël.

Certains commentaires assument volontairement l’amalgame, car “nous ne sommes pas des anges”. Comme personne ne devrait dire que les Belges d’origine chinoise sont nécessairement ou à priori responsable des crimes contre les Ouïghours, que les belges d’origine turque sont nécessairement ou à priori négationnistes du génocide arménien ou soutiennent le gouvernement Erdogan, ou que les musulmans belges sont nécessairement ou à priori responsables des atrocités qui ont lieu en Iran…
L’auteur de ce commentaire a sûrement raison de constater que personne n’est à l’abri des processus d’essentialisation et d’amalgame. Le problème est que ceux-ci prennent invariablement pour cibles des groupes minoritaires. Ainsi, les individus minoritaires ne sont jamais que les représentants d’un groupe. Au contraire, les individus appartenant à des groupes majoritaires ne sont généralement pas rattachés à un quelconque collectif.
L’essentialisation adopte parfois des tropes antisémites sortis d’un autre âge, comme dans ce commentaire qui reprend l’image d’une force “occulte et puissante” capable de briser des carrières:

Rappelons que le nombre de Juifs à l’échelle mondiale est très réduit (moins de 0,2% de la population de la planète). Cependant, dans une vision complotiste de l’histoire, c’est justement ce faible nombre qui justifie le soupçon permanent.