Communications

L’énigme “anthropologique” de Jean-Marie Dermagne

Jean-Marie Dermagne (ancien bâtonnier du barreau de Namur) fait partie de ces trop nombreux individus qui ne peuvent s’empêcher, en paraissant dénoncer les méfaits et les crimes commis par le gouvernement israélien, de les faire retomber sur l’ensemble des Juifs.  En voici le dernier exemple (des milliers de vues, des centaines de commentaires et de partages) : La question qu’il soulève repose sur un double amalgame : celui de l’ensemble des Juifs avec les Israéliens et celui des Israéliens dans leur ensemble avec les responsables et les auteurs des crimes commis à l’encontre des Palestiniens. Mais le plus important est sans doute l’intitulé de sa question : « Énigme anthropologique ». Est-ce la même énigme qui conduirait à demander : Comment un “peuple” qui s’est battu héroïquement pour s’affranchir du joug colonial de la couronne britannique et adopter la première constitution libre des Temps modernes a-t-il pu procéder au génocide des populations amérindiennes et réduire des millions de Noirs en esclavage, puis les soumettre pendant un siècle encore à la ségrégation raciale ? Comment un “peuple” qui a mené la plus grande révolution de l’histoire et proclamé la déclaration des droits de l’homme a-t-il pu quarante ans plus tard se livrer à

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Série: Analyse des réactions suite à notre “Appel à la lutte contre l’antisémitisme” Episode 2 : le déni

Suite à la publication de l’“Appel à la lutte contre l’antisémitisme: à quand le sursaut?” dans Le Soir et Knack, nous avons recueilli une série de réactions sur les réseaux sociaux. Ces commentaires illustrent par l’absurde une grande partie des constats que le texte de l’appel dressait, en particulier celui du déni. Nous avons collecté un échantillon de 70 commentaires et identifié les principaux mécanismes à l’œuvre. Tous les commentaires ont été anonymisés. Beaucoup de réactions remettent en question la réalité de l’antisémitisme, qui se manifeste, comme tous les autres racismes, dans des actes et des discours. Derrière cette idée, le soupçon toujours présent que l’on confond l’antisémitisme avec la critique d’Israël: Pourtant, médias et académiques spécialisés alertent contre l’augmentation de ce fléau depuis les années 2000, attesté par de nombreux rapports.  Un exemple par ici : Face à des personnes qui souhaitent dénoncer le racisme dont elles sont victimes (qu’elles soient juives, noires, musulmanes etc.), il est indigne de la part de ceux se disant antiracistes d’avoir comme première réaction le fait de questionner la réalité du phénomène.  Ces commentaires rappellent ceux qui touchent tous les autres racismes, mais aussi le sexisme ou l’homophobie : tant qu’on ne l’a

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Série: Analyse des réactions suite à notre “Appel à la lutte contre l’antisémitisme » Episode 1 : l’essentialisation

Suite à la publication de l’“Appel à la lutte contre l’antisémitisme: à quand le sursaut?” dans Le Soir et Knack (lien en bio), nous avons recueilli une série de réactions sur les réseaux sociaux. Ces commentaires illustrent par l’absurde une grande partie des constats que le texte de l’appel dressait, en particulier celui du déni. Nous avons collecté un échantillon de 70 commentaires et identifié les principaux mécanismes à l’œuvre. Tous les commentaires ont été anonymisés. Premier mécanisme: l’essentialisation. omme tous les racismes, l’antisémitisme recourt à l’essentialisation du groupe cible, c’est-à-dire l’effacement des différences pour créer un ensemble homogène. C’est par ce processus d’essentialisation propre au racisme que l’armée israélienne devient “l’armée du ‘peuple élu’”. Notons au passage le trope antisémite de l’usage de cette expression, qui sous-entend que les Juifs se pensent meilleurs que les autres, dévoyant complètement le sens que ce concept a dans la théologie juive. La référence du “vous” est ici claire: ce sont bien  les Juifs (= les victimes du génocide nazi) qui sont collectivement coupables de génocide: C’est l’essentialisation qui rend possible l’amalgame entre “les Juifs” et les actions du gouvernement israélien. Puisqu’il s’agit d’un groupe compact, il y a une continuité naturelle entre

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Nouveau gouvernement bruxellois : La lutte contre l’antisémitisme ainsi que toutes les formes de racisme mérite mieux !

Après une crise de plusieurs centaines de jours, Bruxelles a enfin son gouvernement régional, associant MR, PS, Engagés, Groen, Anders, Vooruit et le CD&V. A la lecture de la Déclaration de politique régionale (23 pages), c’est-à-dire le programme du nouvel exécutif bruxellois, c’est la déception qui domine en matière de lutte contre l’antisémitisme et le racisme. Une seule phrase vague et sans engagements précis, notamment en termes de moyens budgétaires, figure à la dernière page : “Le Gouvernement évaluera les plans d’action pour lutter contre la violence faites aux femmes et aux personnes LGBTQIA+, contre le racisme et l’antisémitisme et contre l’isolement des personnes. Le cas échéant, il adoptera un nouveau plan d’action”.  Cette mention creuse n’est pas à la hauteur de la réalité du racisme et de l’antisémitisme en région bruxelloise, ville qui compte de nombreuses minorités culturelles. La lutte contre l’antisémitisme ainsi que toutes les formes de racisme mérite mieux ! Après une crise de plusieurs centaines de jours, Bruxelles a enfin son gouvernement régional, associant MR, PS, Engagés, Groen, Anders, Vooruit et le CD&V. A la lecture de la Déclaration de politique régionale (23 pages), c’est-à-dire le programme du nouvel exécutif bruxellois, c’est la déception qui domine

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Témoignages antisémitisme : “Les sémites”

Une personne m’a dit qu’elle ne pouvait pas être antisémite parce qu’elle était arabe. J’ai commencé à lui expliquer que ce n’était pas vrai, et elle m’a interrompu en me disant « je ne peux pas te laisser dire n’importe quoi comme ça ». Un autre jour, George-Louis Bouchez a fait une remarque similaire lors d’une conférence à laquelle j’ai participé, en disant que « certaines personnes sont antisémites sans réaliser qu’elles sont sémites ». Cette remarque, pas très subtile, visait à ramener la problématique sur les Arabes. « Sémite » n’est pas une identité :  déconstruire un malentendu D’où vient le mot “antisémitisme” ? Le terme “antisémitisme” a été popularisé en 1879 par Wilhelm Marr, un idéologue allemand qui voulait donner une caution pseudo-scientifique à sa haine des Juifs. Plutôt que de dire simplement “haine des Juifs” (Judenhass), il forge le mot “antisémitisme” pour l’inscrire dans une idéologie racialiste, opposant une prétendue “race sémite” à une “race aryenne”.  Mais en réalité : Le terme “sémite” renvoie uniquement à une famille de langues (arabe, hébreu, amharique, araméen…). Il n’existe pas de “race”, de peuple ou d’ethnie sémite. Les Juifs ne se désignent pas eux-mêmes comme “Sémites” : c’est une appellation exogène, imposée de l’extérieur.

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Témoignages antisémitisme : « Agir en juif »

Je travaillais en plaine de vacances. Un jour où il n’y avait pas d’enfants, on mangeait en équipe. J’ai lavé mon assiette de mon côté, car je n’aime pas faire la vaisselle des autres. Une des directrices m’a dit: “T’as fait ta vaisselle en juif”. J’ai dit qu’on ne disait pas cela. J’ai dû passer 45 minutes face à des arguments du type “on ne peut plus rien dire”.  Je ne suis pas juif moi-même. D’où viennent les stéréotypes associant les Juifs au fait d’agir en cachette, de manière vicieuse, perfide ? L’expression « agir en juif », utilisée pour désigner un comportement perçu comme égoïste, avare ou intéressé, n’est pas anodine. Elle puise dans un imaginaire ancien et profondément ancré dans l’histoire européenne : celui d’un rapport pathologique à l’argent que l’on projette sur les Juifs. Dès le Moyen Âge, des interdictions religieuses empêchent les chrétiens d’exercer certains métiers liés à l’argent, comme le prêt à intérêt. Ce sont donc souvent des Juifs, déjà exclus de nombreuses autres professions, qui se retrouvent relégués dans ces secteurs. Avec le temps, cette position contrainte est transformée en soupçon moral : la figure du Juif devient peu à peu celle du « profiteur », du « radin »,

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